Deuxième journée d’émeutes à Chlef

La tension persiste

El Watan, 29 avril 2008

Edifices publics saccagés et brûlés, vitres cassées et abribus détruits…, la ville de Chlef, où se sont poursuivies hier encore les échauffourées entre des centaines de jeunes et des éléments de la police antiémeute, montre un visage triste. Une atmosphère particulière règne depuis dimanche dans cette ville, principale agglomération de la wilaya.

Surprise par les violentes émeutes de la veille, la population locale a toujours peur. « La scène m’a rappelé les événements d’octobre 1988 », déclare un témoin oculaire ayant assisté aux saccages et à la destruction des édifices publics durant toute la journée de dimanche. Les manifestations se sont poursuivies jusqu’à 22h, avant que tout le monde ne tombe dans les bras de Morphée, laissant place aux éléments de la Protection civile pour nettoyer les rues de la ville de tous les débris et projectiles utilisés par des centaines de jeunes en colère. Alors que tout le monde croyait que la tempête était passée et que la vie avait repris son cours normal, la population a été surprise hier matin par l’éclatement à nouveau des manifestations. Retour sur une deuxième journée mouvementée… Il est presque 8h. Il y a peu de circulation automobile. Des dizaines de personnes vaquent à leurs occupations et rien n’indique que la situation allait dégénérer à nouveau dans la ville. Les policiers dépêchés sur les lieux sont postés à proximité des institutions officielles (sièges de l’APC, de la daïra et de la wilaya). Les émeutes ont repris à 10h30. Rassemblés dans différents coins de la rue principale de la ville, des dizaines de jeunes se sont attaqués aux policiers qui tentaient de les empêcher de s’approcher des institutions publiques. Au jet de pierres des émeutiers, les policiers ripostaient par des gaz lacrymogènes. La situation a duré plusieurs heures. « Nous n’arrêterons pas avant le départ du wali », déclarent des jeunes surchauffés. D’autres échauffourées ont également éclaté dans la ville de Chettia (à une dizaine de kilomètres du chef-lieu de wilaya) qui a été durement touchée par les manifestations de dimanche. Des manifestations qui se sont soldées par l’arrestation de plusieurs dizaines de jeunes (500, selon les responsables de l’association des sinistrés) et 60 selon des sources policières. Le wali de Chlef, Mohamed Ghazi, a parlé de la libération d’une centaine de personnes et du maintien d’un certain nombre en détention.
Zerhouni et la suppression de l’aide financière

Tout le monde ici s’accorde à dire qu’à l’origine de ces événements il y a, en particulier, l’annulation de l’aide financière accordée aux victimes du séisme de 1980 dans le cadre de la loi de finances 2007. En effet, l’article 99 de cette loi accorde aux sinistrés une aide de 1 million de dinars et 1 million de dinars supplémentaire sous forme de crédit avec des taux d’intérêt bonifiés ne dépassant pas 2%. Cette aide a été annulée et la mauvaise surprise a été annoncée aux Chélifiens par le ministre de l’Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, à l’issue de la visite effectuée dans la wilaya par le président de la République en 2007. « Zehouni a fait exploser une bombe. De quel droit décide-t-il d’annuler l’aide ? », lance Mohamed Yakoubi. Les citoyens de la ville de Chlef et ceux de Chettia, deuxième commune de la wilaya avec 100 000 habitants, ne seront satisfaits que par l’obtention de ladite aide. « Nous ne voulons que l’application de la loi. Pourquoi a-t-on annulé cette aide qui est un droit légitime ? », déclare Ahmed, 60 ans, retraité, que nous avons rencontré devant le siège de la poste de Chettia, brûlé la veille par les manifestants. « Les services de sécurité n’ont déployé aucun effort pour empêcher les émeutiers de saccager cette poste », affirme avec beaucoup de regrets Ouardas Sedik, receveur au niveau de la poste de Chettia. Outre le problème du chômage qui, selon la population locale, est à l’origine de cette colère, les jeunes refusent également de quitter leur habitation préfabriquée. Les autorités ne sont pas en mesure d’accorder à chaque famille un logement. « Nous sommes plus 7 familles à habiter un seul chalet. Si on nous donne un seul logement, comment devrions-nous faire ? », s’interroge Kamel, 40 ans, employé à Sonelgaz. Des milliards de dinars partis en fumée Devant la poursuite des événements, les autorités locales n’arrivent toujours pas à évaluer les dégâts matériels. Ils sont sans nul doute énormes et se chiffreront en milliards de dinars. En plus du siège de la poste, plusieurs autres édifices ont été détruits. Il s’agit notamment du centre de formation professionnelle, du siège de la Banque extérieure d’Algérie, du siège d’Algérie Télécom, du musée de la ville de Chlef…

Madjid Makedhi


troubles à Chettia et Ouled Farès

La protestation s’étend à d’autres localités de Chlef

Par : Ahmed Chenaoui, Liberté, 29 avril 2008

Quelques heures seulement après une accalmie relative, les échauffourées ont repris, hier à partir de 10 heures entre les manifestants et les services de sécurité à travers l’ensemble du territoire du chef-lieu de la commune de Chlef, avant de s’étendre jusqu’à Chettia et Ouled Farès dans l’après-midi.

Avant 10h, tout le monde croyait avoir affaire à un retour au calme progressif et à une situation tumultueuse depuis dimanche qui se normalise petit à petit. Les administrations et les établissements scolaires entre autres, avaient rouvert leurs portes dès 8h pour accueillir à la fois, toutefois dans des conditions de psychose, employés et élèves scolarisés. Parallèlement à cela, les agents des services de la voirie de l’APC poursuivaient leurs opérations de nettoyage et de dégagement des routes et des artères de la ville des pierres et des pneus enflammés outre des vitres brisées lors des scènes de violence provoquées la veille. Subitement, et précisément à 10h06, tout le monde criait au secours et lançait en direction des personnes et des automobilistes qui se trouvaient aux alentours du siège de la wilaya, qu’une foule immense composée de jeunes et de moins jeunes est en train d’avancer progressivement vers le centre de la ville à partir de la gare routière de Chlef. “Ils sont nombreux et tous armés de barres de fer et de pierres. Ils veulent s’attaquer aujourd’hui au siège de la wilaya et de l’APC. Ils lancent des propos offensant en direction de la police et des commis locaux de l’État”, crient de nombreuses personnes affolées en courant tout en incitant les autres à se sauver vers le côté opposé. Ayant entendu ces cris, les éléments de la brigade antiémeutes stationnés depuis la veille devant le siège de la wilaya prirent position afin de faire face aux émeutiers qui avançaient d’une façon rapide et dont l’immense brouhaha résonnait mystérieusement.
Les magasins baissèrent rapidement rideau et l’affrontement entre policiers et émeutiers est déjà provoqué. Les manifestants lançaient des jets de pierres et des insultes en leur direction, et les policiers ripostaient en rejetant les mêmes cailloux et autres objets sur les émeutiers, et ce, juste avant l’arrivée des camions blindés qui les (manifestants) repoussaient vers le centre-ville. Ici, les émeutiers se sont acharnés sur le siège de la BNA dont ils ont détruit, au moyen de jets de pierres, la plus grande partie de sa façade vitrée. Les mêmes scènes de violence ont été enregistrés presque partout dans la ville de Chlef entre les deux parties, où des tirs de grenades lacrymogènes ont été utilisés afin de disperser les manifestants. À Chettia, à une quinzaine de kilomètres au nord de la ville de Chlef, les manifestants ont abominablement saccagé le bureau de poste de la localité avant de brûler l’ensemble des documents qui s’y trouvaient et pour finir, ils se sont emparés d’une importante somme d’argent, et de plusieurs microordinateurs. Pour le gardien du siège de direction de la formation professionnelle qui a été incendié hier, la situation est plus que dramatique. “Ils sont venus en masse et ont fait subitement irruption à l’intérieur de notre direction. Ils ont violemment tout brûlé à l’intérieur des bureaux avant de descendre au garage se trouvant dans la cave. Ici, ils ont incendié sept véhicules tous appartenant aux employés sauf un qui faisait partie de ceux de la DEFP. Cela s’est produit entre 12 et 13h30. Et ce n’est qu’à partir de 16h que les secours sont arrivés. Mais c’était trop tard, lance-t-il alors, toujours sous le choc.
Nous venons d’apprendre que pas moins de 100 personnes qui avaient été arrêtées la veille par les services de sécurité ont été libérées hier, tout simplement parce qu’il s’agit de mineurs ou de malades. Quant à ceux qui sont toujours retenus, c’est la justice qui tranchera sur leur cas.
À l’heure où nous mettons sous presse, les mêmes échauffourées se poursuivent à Chettia et à Ouled Farès. Quant à la ville de Chlef, elle était quasiment déserte dans l’après-midi d’hier.

Ahmed Chenaoui

 

  Emeutes  
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